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Pourquoi j’ai choisi la vulvoplastie?

Franches

Une vulvoplastie est une reconstruction génitale d’affirmation de genre qui permet de  reconstruire une néo-vulve. C’est une chirurgie qui façonne les organes génitaux féminins externes, et non la cavité vaginale.


Collaboration spéciale : Franches est une anciene patiente de GrS Montréal et de Dr Pierre Brassard. Elle est une ardente défenseuse de l’autonomisation par la connaissance et l’expérimentation. Franches est également l’autrice et l’éditrice de HolaSoyYo.com («Bonjour, c’est moi» en espagnol), un blogue où elle partage ses expériences et ses réflexions sur le changement de l’expression de genre.

Pourquoi une vulvoplastie? Pour commencer, c’est une question qui ne se pose tout simplement pas. On ne demande pas à quelqu’un de justifier le choix d’une chirurgie, d’autant moins lorsqu’il s’agit de reconstruction génitale. Ça ne se fait pas plus que de demander à quelqu’un pour quelle raison il épouse telle ou telle personne. Le recours à une reconstruction génitale et le choix du type de chirurgie sont des décisions ultra personnelles, et le sujet peut être très délicat pour certaines personnes. Donc, à moins d’être très proche de la personne concernée, évitez de lui poser des questions aussi personnelles. Maintenant que nous avons éclairci ce point, on continue?

Pourquoi ce billet de blogue ?

Lorsqu’un sujet est aussi personnel et délicat, l’un des enjeux est que les gens en parlent peu, ce qui rend les informations plutôt limitées. Des informations et de la documentation sont certes disponibles, mais la plupart sont de nature médicale et technique; elles ne sont pas écrites du point de vue d’une patiente. L’idée principale de ce billet est de partager les raisons pour lesquelles j’ai choisi ce type de chirurgie. C’est forcément très personnel, et mon but n’est pas de convaincre qui que ce soit de choisir un type de chirurgie plutôt qu’un autre. Je veux simplement raconter comment j’ai vécu mon processus de décision, afin que d’autres personnes puissent s’en servir comme référence, au besoin. Il faut dire que lors de mon introspection, j’ai fait des recherches et j’ai été surprise de constater que certaines femmes transsexuelles ne connaissaient pas cette alternative à une vaginoplastie « traditionnelle » ou « complète ». L’objectif de ce billet est donc de faire connaître cette option et de présenter mon point de vue.

Mais qu’est-ce qu’une vulvoplastie ou une vaginoplastie sans cavité vaginale ?

Une vulvoplastie est une reconstruction génitale d’affirmation de genre qui permet de reconstruire une néo-vulve. C’est une chirurgie qui façonne les organes génitaux féminins externes, et non la cavité vaginale. Ce type de chirurgie peut porter des noms différents en fonction de quelques facteurs, mais ils ont essentiellement tous la même signification :

  • Vulvoplastie
  • Vaginoplastie sans cavité
  • Vaginoplastie superficielle / à profondeur minimale / à profondeur limite
  • Vaginoplastie cosmétique / esthétique
  • Vaginoplastie partielle / à profondeur nulle

Le nom varie parfois selon le chirurgien ou le centre chirurgical, mais il dépend également souvent de la patiente. En faisant mes recherches, je me suis rendu compte que certaines patientes préfèrent le mot « vaginoplastie » pour décrire leur chirurgie, puisque le terme en lui-même, évocateur d’un vagin déjà existant, soulage la dysphorie et réaffirme le genre. J’ai également trouvé des références expliquant que certaines patientes préfèrent utiliser les termes « peu profond / profondeur minimale / profondeur limite » plutôt que « sans profondeur / profondeur nulle », car la notion de profondeur a une connotation plus positive pour elles. Pour ma part, je préfère le mot « vulvoplastie », que je trouve très descriptif. Je dois dire qu’en raison de la façon dont je m’identifie, je ne vois aucun avantage à associer le mot « vagin » à mon intervention. Je fais la distinction entre ce que je préfère « pour mon opération » et « pour le type d’intervention ». Bref, la patiente est libre de choisir le nom de son opération, un nom qui correspond à la façon dont elle se perçoit.

Mes raisons personnelles

Oh la la! Permettez-moi de reprendre mon souffle avant de m’ouvrir sur quelque chose d’aussi personnel! (Allez, inspirons profondément!) Dire qu’au début de ce billet, je disais que la question du pourquoi ne devrait pas être posée par le premier venu, me voilà qui m’élance pour y répondre. Bon, c’est parti… Avant mon opération, j’avais bien entendu mes propres raisons, mais je n’avais jamais eu à les exprimer. Je n’avais donc pas beaucoup réfléchi à la façon dont je répondrais, et ce n’est qu’après m’être fait poser la question plusieurs fois que j’ai vraiment cherché au fond de moi une réponse sincère. Cette réponse sincère, et qui se trouve être aussi la plus simple, est que j’ai choisi une vulvoplastie en raison de la façon dont je m’identifie. Plusieurs facteurs ont motivé ma décision, des facteurs que je vais démêler ici, par ordre d’importance pour moi.

Le sexe avec pénétration

Je n’ai aucun intérêt pour le sexe vaginal ou la pénétration. Aucun. Je vous avais prévenu que j’allais devenir intime, non? Je ne suis pas du tout attirée par les hommes non plus, autant dire que les chances que je m’intéresse au sexe vaginal sont pratiquement nulles. Parmi mes différents facteurs décisionnels, celui-ci était probablement un des plus importants. Avant mon processus de décision, j’ai eu une discussion avec le psychologue qui a fait une de mes évaluations chirurgicales. C’était dans le cadre de mes recherches et de mon examen de conscience, et, bien sûr, ce sujet a été abordé. Nous avons conclu que si, pour une raison étrange, je m’intéressais aux rapports sexuels avec pénétration, il y aura toujours la possibilité d’utiliser « la porte de derrière » (i.e. le sexe anal). Donc, de mon point de vue, je ne renonce pas à la pénétration, ce sera comme je le souhaite. Mais… non merci.

La cohérence avec mon identité de genre

Non, le sexe avec pénétration n’était pas mon facteur décisif. En revanche, le fait d’être cohérente avec mon identité de genre l’était absolument. Je m’affirme et me présente totalement comme une femme, et si mes organes génitaux de naissance ne m’ont jamais causé de dysphorie (même après m’être affirmée à temps plein), cela m’a toujours occupé l’esprit. Je détestais l’idée que quiconque puisse voir mon entrejambe et remette en question mon identité, mon genre. Et tant qu’à être tout à fait sincère avec moi-même et mon identité de genre : f#$k le tucking ! J’ai toujours détesté le tucking, détesté mon apparence et le fait de m’inquiéter qu’on la remarque. Je ne voulais qu’une chose, une image cohérente avec la personne que je suis. Mon expression sexuelle était directement liée à ma garde-robe, et même si c’était rare qu’on les voyait, mes organes génitaux masculins m’empêchaient de m’habiller comme je le voulais. Je me suis toujours sentie limitée dans le choix de mes vêtements, et je voulais me débarrasser de ce sentiment frustrant. Les vêtements que je choisis de porter ont d’ailleurs toujours une grande importance pour moi. Dans mon échelle de valeurs, l’apparence extérieure se plaçait bien au-dessus de la fonctionnalité d’un néo-vagin.

Autosoins (Dilatations et douches vaginale)

Une vaginoplastie « complète » implique des dilatations et des douches vaginales à vie, ce qui n’avait aucun sens pour moi. Je vous l’ai dit, les rapports vaginaux ne m’intéressent et ne m’attirent pas. Si j’avais voulu laisser la porte ouverte à des relations vaginales, ma décision aurait peut-être été différente et l’idée des soins m’auraient moins dérangée. C’est clairement mon absence de désir pour le sexe avec pénétration vaginale qui l’a emporté face à l’importance des soins requis suite à une telle intervention. Durant ma phase de recherches, ma décision a en effet été appuyée par la nette impression que plusieurs des complications post-opératoires pouvaient être dues au fait que les patientes ne comprenaient pas bien le niveau d’autosoins qu’une vaginoplastie « complète » implique. Je parlerai plus loin du risque accru de complications. Précisons pour l’instant qu’un suivi de vaginoplastie « complète » implique 4 dilatations et douches vaginales par jour pendant le premier mois postopératoire. Le rythme se poursuit pendant quelques mois, jusqu’à ce que les tissus mous guérissent, Ensuite, la fréquence des dilatations et des douches vaginales diminue progressivement; on parle d’une fois par jour après 6 mois, pour environ six autres mois. Après la première année suivant la chirurgie, la fréquence diminue à une seule fois par semaine, mais doit être maintenue à vie.

Convalescence

La convalescence est importante, mais par rapport aux trois facteurs précédents, elle se situe beaucoup plus bas dans mon échelle d’importance. Le rétablissement après une opération de reconstruction génitale est difficile, mais il faut se rappeler qu’il s’agit d’une « phase temporaire » et que ça va passer. La guérison est tout de même un facteur important à prendre en compte. Les trois premiers mois suivant une vaginoplastie « complète » représentent un véritable emploi à temps plein, avec un calendrier de suivi très rigide. Puisque je ne voulais qu’obtenir l’aspect extérieur sans la fonctionnalité complète d’une cavité vaginale, j’ai tenu compte de la différence entre les calendriers des soins de convalescence d’une vulvoplastie et d’une vaginoplastie « complète ». Le rétablissement après une vulvoplastie se fait en 8 semaines environ (tout le monde guérit à un rythme différent, donc plus ou moins longtemps). Le programme d’autosoins est plus léger que celui d’une vaginoplastie « complète ». En gros, le programme de soins se concentre sur une hygiène sévère du site chirurgical, plutôt que sur la prévention de la fermeture de la cavité vaginale.

Risques et complications

Toute intervention chirurgicale comporte des risques, et plus une procédure est complexe, plus les risques de complications sont élevés, bien entendu. En raison de la façon dont la cavité d’un néo-vagin est créée et du fait qu’elle nécessite de fréquentes dilatations, surtout au cours des premiers mois, il existe un léger facteur de risque, comme une fistule recto-vaginale ou d’autres complications mineures. Ce risque est absent lorsqu’il n’y a pas de cavité. De plus, une vulvoplastie comporte moins de risques de complications causées par la tension des tissus mous, puisqu’il n’est pas nécessaire d’insérer de dilatateurs. Enfin, comme il y a moins de sutures, moins de surface de peau (pas besoin de la doublure du vagin) et aucun besoin d’insérer de corps étrangers (dilatateurs et douche vaginales), le risque d’infection est légèrement plus faible. À long terme, une vaginoplastie « complète » comporte également le risque d’un prolapsus vaginal si la routine de dilatations n’est pas respectée. L’hygiène est toujours importante, mais en présence d’une cavité vaginale, le risque de complications peut vraiment augmenter si les douches vaginales ne sont pas maintenues. Ce que j’essaie de dire, c’est qu’il en va selon les besoins de chacune. Dans mon cas, mes désirs ne nécessitaient clairement pas les risques qu’impliquait une vaginoplastie « complète ».

Les autres facteurs qui ne s’appliquent pas à moi

J’ai parlé plus haut des facteurs personnels dont j’ai tenu compte pour décider de mon type d’opération. Ce sont les miens, mais ce ne sont pas les seuls. Il existe en effet plusieurs autres facteurs dont les gens peuvent tenir compte. Ils ne s’appliquaient pas à moi et n’ont pas eu d’effet sur ma décision, mais les voici tout de même, trois facteurs pour lesquels j’ai trouvé des références. Bien entendu, il en existe certainement plusieurs autres, mais allons-y avec ces trois-là.

Chirurgie non-binaire

Les personnes qui s’identifient comme non-binaires, non conformes au genre, fluides ou se situant ailleurs dans le spectre des genres peuvent trouver dans la vulvoplastie un excellent moyen de soutenir leur identité.

Problèmes de santé

Si la création d’un canal vaginal est contre-indiquée en raison d’autres problèmes de santé ou de conditions préexistantes, une vulvoplastie peut représenter une alternative très intéressante pour les personnes dans cette situation. Bien entendu, il faut en discuter avec son médecin traitant et/ou le chirurgien.

Âge

L’âge de la patiente peut être un facteur très important à considérer. Pour une personne plus âgée, et en raison des différences dans le rétablissement et dans les autosoins requis, l’âge peut être un facteur décisif. Cependant, il est intéressant de noter que paradoxalement, l’âge peut être un sujet de préoccupation chez les professionnels de la santé lorsqu’il s’agit d’une patiente plus jeune. Lorsque je me préparais à écrire ce billet, je suis tombée sur la référence à une étude (PDF) qui examinait l’attitude des professionnels de la santé affiliés au WPATH vis-à-vis de l’option d’une vulvoplastie pour les patientes âgées de 18 à 21 ans. On a constaté que certains professionnels étaient plus réticents à recommander l’option sans cavité aux patientes de cette tranche d’âge.

La décision de la patiente

En fin de compte, la décision revient à la patiente et à personne d’autre. Vu le manque actuel de sources d’information fiables ou détaillées, j’espère vraiment que mon témoignage pourra aider quelqu’un; tant de facteurs personnels peuvent influencer une telle décision. À tout le moins, j’encourage vivement la discussion afin que davantage de personnes en prennent conscience : il existe une option de reconstruction génitale sans cavité vaginale.

Franches

4 commentaires sur "Pourquoi j’ai choisi la vulvoplastie?"

  1. Karine Burelle

    C’est ce que j’ai choisi et je suis vraiment heureuse du résultat 🥰

  2. Jannet

    Oh wow .. reading this mirrors my thoughts too.
    I have come across a few girls that have gone for the shallow depth option, all are more than happy with their choice.

  3. Brigitte Bergeron

    Oui moi également j ai choisie vulvoplastie pour moi ce choix m allait comme un gant et des le premier jour a aujourd hui (6 an apres chirurgie) je ne regrette en rien d avoir fait ce choix

    • Caroline

      Merci beaucoup ! Je suis présentement dans un processus de décision à l’égard de ma chirurgie et votre article m’éclaire beaucoup.

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