Divers Social et Culturel

La non binarité

Non-Binaire

Non binaire est un terme pour les individus qui ne se sentent pas uniquement masculins ou féminins.


Collaboration spéciale: Alex Simon est un.e étudiant.e Montréalais.e d’origine américaine de 21 ans qui s’intéresse aux réalités des personnes trans et LGBTQ. Ellui-même non binaire, iel a proposé à GrS Montréal de composer quelques articles pour le blogue TransAvenue.


Depuis la nuit des temps, les humains démontrent la nécessité de classer tout ce qui fait partie de leur vie quotidienne. Que ce soit la classe sociale dans laquelle nous nous retrouvons, le sous-ensemble de religion auquel nous adhérons ou quelque chose d’aussi simple que le type de nourriture que nous mangeons, beaucoup trouvent réconfortant de pouvoir distinguer les caractéristiques d’une chose ou d’une réalité. Catégoriser les êtres humains, cependant, n’est pas aussi simple. Nous avons la qualité unique d’être si différents les uns des autres, chaque personne ayant de multiples dimensions et nuances à sa personnalité, sa perception de soi et son expression. Pourtant, du point de vue biologique et sociologique, il serait trop simpliste de supposer que l’identité de genre peut sans exception être classée comme homme ou femme.

On nous attribue tous un sexe à la naissance, ce qui signifie qu’un.e professionnel.le de la santé décide si nos organes génitaux sont caractéristiques de ceux d’un homme ou d’une femme. Les personnes intersexuées, c’est-à-dire celles dont les caractéristiques sexuelles sont ambiguës à un certain degré, sont souvent victimes de procédures chirurgicales non consensuelles afin d’aligner leurs organes génitaux à ce à quoi elles « devraient ressembler » (ces chirurgies sont généralement de nature cosmétique, ne sont pas essentielles à la survie du bébé et peuvent avoir des conséquences médicales graves). Le sexe qui nous est attribué à la naissance ne tient pas compte d’autres caractéristiques, telles que les niveaux hormonaux, les structures reproductives internes et la génétique.

Le sexe qui nous est attribué à la naissance a des répercussions sur notre manière de vivre. Différentes sociétés projettent différents rôles de genre sur les jeunes et les adultes en fonction de leur sexe assigné. Bien que le sentiment d’identité sexuelle de nombreuses personnes soit conforme à celle assignée à la naissance, ce n’est pas toujours le cas. C’est ce qui différencie les personnes cisgenres et transgenres : celles dont leur identité de genre est conforme avec le sexe assigné à la naissance et celles dont le genre est différent.

Pour les personnes transgenres binaires, celles qui sont désignées comme des femmes à la naissance ont tendance à s’identifier comme des hommes, et vice versa. Cependant, il y a des individus qui, quelle que soit la façon dont iels ont été assigné.es, n’ont pas l’impression que leur genre (ou l’absence de ce dernier) est exclusivement masculin ou féminin. De là l’introduction du terme non binaire.

Non binaire est un terme pour les individus qui ne se sentent pas uniquement masculins ou féminins. Il peut être utilisé soit comme un terme générique pour des identités plus spécifiques, soit il peut être utilisé pour étiqueter une identité même. Certains pourraient penser qu’un spectre de genre est féminin d’un côté et masculin de l’autre, avec une zone grise entre les deux. De manière plus précise, le spectre peut être vu comme une sphère multidimensionnelle, avec des possibilités infinies de retrouver votre perception de soi à l’intérieur. Cette perspective permet aux personnes qui ne se définissent pas du tout comme des hommes ni des femmes de se retrouver dans le spectre, plutôt que d’être obligé.e de s’identifier à mi-chemin entre la masculinité et la fémininité.

Les identités non binaires ne sont pas spécifiques à la société occidentale. En fait, les peuples autochtones en Amérique du Nord ont une identité propre à leur culture, appelée la bispiritualité. Un troisième sexe connu sous le nom de Hijra est légalement reconnu dans le sous-continent indien, et Fa’afafine est une identité de genre d’alignement féminin reconnue par la juridiction samoane.

Pour celleux qui ne sont pas habitué.es aux réalités non binaires, il peut être facile de se perdre dans les nombreuses étiquettes et terminologies. L’important n’est pas l’exceptionnalisme de vos connaissances, mais plutôt votre volonté d’apprendre des personnes non binaires et à leur sujet. Gardez cependant à l’esprit le travail émotionnel qu’entreprennent ces personnes qui peuvent se sentir obligées d’éduquer constamment les autres sur leur propre existence, alors rappelez-vous que d’autres ressources sont également à votre disposition pour répondre à vos questions.

Il est important de se rappeler également que l’expression de soi d’une personne, son orientation romantique ou sexuelle ne sont pas synonymes de son identité de genre. Avoir des cheveux courts chez une femme ne la rend pas moins une femme, et un homme qui aime porter des robes ou du maquillage n’est pas moins un homme. Alors que les attentes de genre sont devenues progressivement moins exigeantes au fil du temps, le reste desdites attentes et stéréotypes ont tendance à retomber sur les personnes transgenres, non binaires et de genre non conforme. Si nous ne nous conformons pas assez bien aux normes de notre sexe assigné, nous sommes perçu.es comme des anomalies. Si nous ne nous conformons pas aux normes de notre identité de genre (par exemple, un homme transgenre qui est considéré comme trop féminin), on nous dit que nous « n’essayons pas assez » de nous adapter ou que nous ne sommes pas « assez trans ». Même si le concept de « passing », c’est-à-dire le fait d’être perçu.es par les autres comme notre vrai soi plutôt que notre sexe assigné, peut être une question de sécurité dans un monde très cis-normatif et dominé par la binarité, notre validité en tant que personnes trans ne devrait pas avoir à s’appuyer sur les mêmes stéréotypes dont se sont éloignés les personnes non transgenres.

Les pronoms pour les personnes non binaires diffèrent d’une personne à l’autre. Alors que certains peuvent choisir d’utiliser des options neutres comme « iel » ou « ille », d’autres peuvent choisir d’utiliser les pronoms « elle » ou « il ». Choisir d’utiliser ces pronoms ne rend pas une personne moins non-binaire que d’utiliser des pronoms typiquement genrés.

Certaines personnes peuvent choisir de suivre un traitement hormonal, comme la testostérone ou les œstrogènes. Ils peuvent décider de subir une chirurgie d’affirmation de genre, comme une double mastectomie (chirurgie de torse), une phalloplastie ou une vaginoplastie, pour n’en nommer que quelques exemples. Certains peuvent choisir de n’avoir ni l’un ni l’autre. Il existe autant de chemins de transition médicale des personnes trans (ainsi que tout autre type de transition) qu’il y a de personnes trans; donc chaque expérience est unique.

Naviguer le monde en tant que personne non-binaire est un défi en soi. Être en mesure d’accéder à des soins d’affirmation de genre peut signifier devoir payer des frais pour des lettres de référence, des ordonnances et/ou des chirurgies. Ce ne sont pas tous.tes les professionnels.les de la santé qui ont une formation appropriée pour nous traiter, ce qui signifie que nous pouvons être soumis.e à des évaluations censées nous juger comme étant « dignes » d’accéder à des soins de santé vitaux. De nombreuses régions n’autorisent pas encore les modifications des documents officiels comme les certificats de naissance, ce qui rend tout processus judiciaire difficile. C’est particulièrement le cas pour les migrant.es trans et non binaires. Le système éducatif actuel fait rarement mention d’individus non binaires, ce qui conduit les jeunes à être davantage ostracisé.es et isolé.es de l’accès aux ressources pour leur propre personne. Tous les obstacles mentionnés ci-dessus, entre autres, contribuent à la discrimination systématique des personnes transgenres et non binaires, faisant le simple fait d’exister un véritable acte de résistance. Pourtant ça ne devrait pas être aussi épuisant d’exister.

Peu importe où vous en êtes sur votre chemin vers la découverte de vous-même, l’un des aspects les plus cruciaux de l’épanouissement d’une personne non binaire est d’avoir un système de soutien adéquat. Que ce soient des membres de la famille ou des ami.es, il est de la plus haute importance d’avoir des personnes sur lesquelles vous pouvez compter au moment d’apprendre davantage sur vous-même et de développer votre estime de soi afin de vous exprimer et vous épanouir. Ce seront elleux à vos côtés lorsque vous obtiendrez votre première coupe de cheveux, que vous prendrez votre première injection d’hormones ou qui vous accompagneront à la clinique pour faire retirer vos bandages. Vous n’êtes pas seul.es, nous avons tous.tes une famille choisie avec nous.

Alex Simon

  1. Karine Burelle

    Inspirant vraiment 🙂

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