Divers Social et Culturel

L’importance des pronoms

Mains LGBT

La langue française, contrairement à l’anglais par exemple, a la particularité d’être très genrée. Tout objet qui nous entoure a un genre, et les accords qu’on utilise sont genrés en conséquence. Cela dit, les personnes non conformes dans le genre peuvent se sentir piégées dans les complexités de la langue de Molière.


Collaboration spéciale: Alex Simon est un.e étudiant.e Montréalais.e d’origine américaine de 21 ans qui s’intéresse aux réalités des personnes trans et LGBTQ. Ellui-même non binaire, iel a proposé à GrS Montréal de composer quelques articles pour le blogue TransAvenue.

Les pronoms : nous les utilisons souvent, mais nous n’y faisons pas souvent référence par leur nom. Au quotidien, nous utilisons souvent des pronoms pour désigner quelqu’un à la troisième personne. Par exemple, si nous voulons dire à notre ami que la personne d’en face a une belle robe et que cette personne a l’air féminin, nous pourrions avoir tendance à utiliser le pronom « elle ». Si vous voulez une coupe de cheveux courte similaire à celle du client assis à côté de vous, vous pourriez dire « Je veux le même style que lui ».

Pour les personnes non transgenres (cisgenres), cela peut sembler complètement anodin. Si quelqu’un vous demandait quels pronoms vous utilisez, vous n’y réfléchiriez pas. Vous pourriez même dire : « Eh bien, j’utilise des pronoms féminins évidemment », ou « J’utilise des pronoms normaux, comme n’importe quel autre gars ».

Cependant, ces généralisations sont problématiques à plus d’un titre. Premièrement, ça démontre comment les pronoms sont généralement associés aux attributs esthétiques ou physiques d’une personne. Avoir des cheveux courts ne signifie pas automatiquement que vous êtes masculin, et le fait de porter une robe ne vous oblige pas à utiliser des pronoms féminins.

Deuxièmement, cela fait apparaître toute divergence par rapport auxdites normes comme une anomalie. En déclarant que les pronoms doivent être « évidents » ou « normaux », ça discrédite tout individu ou pronom non conforme. Cela peut être autant le cas pour les personnes transgenres et cisgenres. Que ce soit dans le monde extérieur ou dans le monde du spectacle (par exemple, la drag), l’expression de soi a tellement plus de nuances et de subtilités que jamais.

Troisièmement, l’usage strict des pronoms il et elle dans de tels scénarios efface l’utilisation de pronoms neutres et des néologismes par les communautés trans et non binaires. Les pronoms neutres iel et ille (prononcé comme y-elle et comme “quille” sans le qu-, respectivement) sont deux pronoms fréquemment utilisés par des personnes qui ne se situent pas à l’intérieur du binaire homme/femme. Bien que l’utilisation de ces deux termes n’ait débuté qu’au début des années 2010, leur popularité n’a cessé d’augmenter. Des néologismes, quoique peu connus à l’extérieur de la communauté LGBTQ+, sont des nouveaux pronoms développés par des personnes trans et non-binaires qui ne trouvent pas que les options existantes de pronoms corrèlent avec leurs sens de soi. Certains exemples incluent al, ael el, ielle, ol, ul im et em.

La langue française, contrairement à l’anglais par exemple, a la particularité d’être très genrée. Tout objet qui nous entoure a un genre, et les accords qu’on utilise sont genrés en conséquence. Cela dit, les personnes non conformes dans le genre peuvent se sentir piégées dans les complexités de la langue de Molière. Autres que les pronoms, les accords sont très peu souvent neutres, donc les conjugaisons de verbes et de noms communs terminent par exemple en -é ou en -ée. Plusieurs alternatives sont possibles.

On peut par exemple faire usage d’accords mixtes, comme iel est joli.e à mes yeux ou ille est amoureux.se de moi. Ainsi, on utilise à la fois des accords dits masculins et féminins. On peut également décider d’utiliser un néologisme, par exemple ielle est allae ou ael est épuiset (donc d’utiliser ae ou t à la fin), ou d’enlever carrément l’accord terminal, à titre d’exemple iel est amoureu (donc ni de eux ou de euse). En ce qui concerne les pronoms possessifs comme mon ou ma, on peut utiliser man ou mo. Chez les pronoms démonstratifs, on peut remplacer à elle ou à lui par à ellui ou à soi. De plus, on peut remplacer le et la par lea ou lo.

Mis à part les pronoms eux-mêmes, les connotations aux adjectifs et les accords de verbes que nous utilisons peuvent également différer d’une personne à l’autre. Par exemple, quelqu’un pourrait préférer être considéré comme beau plutôt que belle, ou pourrait plutôt utiliser des termes neutres tels que « attirant.e ». Gardez cependant à l’esprit que le simple fait que quelqu’un utilise des pronoms masculins, féminins ou neutres ne signifie pas que les adjectifs ou accords qui s’y réfèrent sont du même alignement. On peut par exemple être indifférent aux pronoms qu’on utilise à son regard, mais préfère tout de même qu’on n’utilise pas d’accord de verbe féminin en s’y référant.

Au quotidien, l’un des moyens par lesquels nous pouvons normaliser le fait d’avoir des pronoms différents des pronoms supposés est de les partager lorsqu’on se présente à autrui. Les individus non transgenres peuvent le faire également, ce qui profitera à la société dans son ensemble. En règle générale, les personnes transgenres et non binaires sont les seules qui partageaient leurs pronoms de manière directe, ce qui risque de les forcer à se outer. Ce fardeau pourrait empêcher les personnes non conformes au genre d’exprimer leur identité et, par conséquent, avoir tendance à être mégenré.es par celleux qui les entourent. Les personnes cisgenres peuvent aider à soulager cette pression en participant également au partage de leurs pronoms. De cette façon, en faisant partager à chacun ses pronoms respectifs, la possibilité d’être exclues involontairement diminue.

D’un point de vue plus systémique, les institutions publiques et privées peuvent prendre des mesures pour être plus inclusives des pronoms que leurs clients utilisent. Cela inclut les options de préfixe et de pronom dans les documents et les formulaires. Indépendamment du fait que la personne ait ou non subi une transition légale, être capable de s’exprimer dans une conversation de base avec un.e fournisseur.e de soins de santé, un.e membre du personnel ou autre facilite les relations professionnelles entre les deux parties et réduit la probabilité que les personnes transgenres et non binaires évitent ces services dans leur ensemble (c’est particulièrement le cas pour les services de santé qui peuvent être particulièrement cisnormatifs). Par exemple, les personnes transmasculines pourraient se sentir plus à l’aise de subir des soins gynécologiques ou des mammographies si le service qui leur était fourni n’était pas exclusivement destiné à être « pour les femmes » et peut-être mégenré.es par les membres du personnel.

Par conséquent, avoir des pronoms qui diffèrent de ce que les gens pourraient s’attendre à ce que vous utilisiez ne rend pas votre existence moins valide, le problème est le regard actuel de la société sur la non-conformité de genre. Nous pouvons tous.tes prendre des mesures pour veiller à ce que chacun.e soit respecté pour qui iel est et comment iel s’exprime. Du point de vue individuel et sociétal, utiliser des pronoms différents pour quelqu’un que nous aimons (ou un.e parfait.e inconnu.e) pourrait initialement être un défi, mais les utiliser sera un fardeau de moins sur les épaules de cette personne, un obstacle de moins à surmonter et cela se traduira par une personne de plus dans le monde qui se sent vue, aimée et validée.

Alex Simon

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